Crewdson, roi de la mise en scène

10:32:00

Gregory Crewdson est un photographe américain qui ne travaille pas comme tout le monde. Il pense et élabore chacune de ses photos comme des scènes de cinéma et le rendu est assez étonnant (« Et Thonon alors ? » *fuit*). Roi de la mise en scène, il orchestre des « moments » et plus particulièrement « des instants de solitude captée au moment de leur plus grande intensité » comme il le dit si bien. Il en résulte des photos mystérieuses et troublantes dont on essaye de deviner le pourquoi du comment.

Gregory Crewdson, Untitled (Twin Beds) 'Beneath the Roses'

Mais avant de s’intéresser à la photographie, j’ai une petite anecdote pour prouver que, comme sur Imagine, souvent les artistes ont de multiples talents. Ici, c’est en musique que Crewdson a commencé dans son lycée à Brooklyn. Comme beaucoup d’adolescent de son âge, il fit parti d’un petit groupe de rock « The Speedie » (González? /PAN/). Alors qu’il est âgé de 17 ans (en 1979), la petite rock-band sort « Let Me Take Your Photo » qui sera plus tard réutilisé pour un spot de pub d’une imprimante HP (en 2005 quand même hein, soit 26 plus tard quoi !). Je vous laisse admirer ce tube qui vous fait retourner quelques années en arrière.

Hélas, il ne fera pas carrière de guitariste et préférera se lancer dans les études de photographie à l’université d'État de New York en 1985 et obtiendra sa maîtrise des Beaux-arts de l’Université de Yale en 1988. Il commencera aussi à enseigner à l’université en 1993 en parallèle de ses travaux personnels.
Les débuts de Crewdson, pour sa série Natural Wonder.
Il l’a d’abord commencé en travaillant seul dans son studio, notamment avec des maquettes, insectes et animaux naturalisés, produisant ainsi une série de cliché sous le nom « Natural Wonder » (1992-1997). Je ne vous cache pas que ce ne sont pas mes photos préférées, mais j’admire quand même la technique. Ca ressemble à des natures mortes… et il y a souvent des bêtes mortes dedans d’ailleurs. Mais j’aurai quand même appris que ce genre de photo est appelé diorama*.
Gregory Crewdson, 1995, Untitled, ‘Natural Wonder’

Autres photos extraites de la série ‘Natural Wonder’ 

*Le diorama est un système de présentation par mise en situation ou mise en scène d'un modèle d'exposition, le faisant apparaître dans son environnement habituel. C'est un mode de reconstitution d'une scène (historique, naturaliste, géologique... voire religieuse) en volume Merci WIKI :B
Voilà, vous pouvez me remercier de vous avoir appris un mot (ou pas, je suis peut-être la seule ignare dans les parages).
KOUKOU C MWA ! S-W-A-G !
Il a ensuite pris de la hauteur pour produire de nouveaux clichés sous le nom de « Hover » (1996-1997). Du haut de sa nacelle (ça devait être le tip top du hype à l’époque :B), il photographie une petite ville du Massachusetts (au risque de passer pour un électricien voyeur). Le voisinage semble paisible mais lorsque l’on regarde plus attentivement, on y voit des scènes étranges, comme un ours errant ayant renversé des poubelles regardant un policier statique, avec une sorte de chemin tracé entre les deux protagonistes.
Gregory Crewdson, Untitled, ‘Hover’
Autres photos extraites de sa série ‘Hover’
Puis vint la série « Twilight », en 4 tomes : Fascination, Tentation, Hésitation, Révélation. Vous y avez cru hein ? Désolé de vous décevoir, mais rien à voir avec Bella et ses affaires de cœur (enfin qui sait … les photos sont libres d’interprétations après tout). Soit, de 1998 à 2002, il est resté dans l’esprit de sa série précédente sauf que là, il a sorti l’artillerie et se paye une équipe de production, rien que ça. Bon quand on voit le résultat, on se dit que c’était plutôt bien joué. Mais au final, le budget et le temps passé pour chaque photo est assez faramineux.
Gregory Crewdson, Untitled, ‘Twilight’
Autres photos extraites de sa série ‘Twilight’
Ce que je me suis demandé quand même, c’est comment il s’y prend vraiment, pour faire sa photo de A à Z ? Et pour répondre à ma question, les vidéos Youtube m’ont fort aidé haha.
D’abord, il fait du repérage en solitaire, en conduisant dans les villes du coin. Certains lieux l’interpelle (des endroits ordinaires, une rue, une maison...etc.) et germe alors une idée, une scène. Pour justifier ses inspirations, il raconte que, fils d’un psychanalyste, il écoutait les conversations de son père avec ses patients en collant l’oreille sur le plancher. C’est de là que lui viendrai son inspiration principale.
Dans une interview, il confie que cette photo serait inspirée de lui écoutant au plancher.
« Les psychiatres ont une sorte de distance par rapport au monde, mais en même temps, ils ont aussi une sorte d'empathie. Ce que j'ai adopté de lui, c’est cette combinaison entre distance et intimité. »
Il puise aussi son inspiration dans la peinture (Edward Hopper), dans la photographie (Jeff Wall), dans la littérature (Stephen King), et dans les films d’horreur et de science- fiction (Steven Spielberg, David Lynch, Wes Anderson).
Si vous voulez en savoir un peu plus sur sa démarche artistique, j’ai bien aimé cette interview écrite (c’est en anglais par contre) d’American Photo : http://www.americanphotomag.com/interview-gregory-crewdson-mystery-everyday-life?image=11 
Images extraites de la vidéo de Reserve Chanel : https://www.youtube.com/watch?v=S7CvoTtus34
Une fois mis sur papier à l’écrit ou en dessin, il sort les grands moyens ; une équipe de tournage, des acteurs, des décors entiers parfois, des éclairages et autres matériels de cinéma, pour obtenir l’image qu’il a en tête. Il va jusqu’à sortir les tuyaux d’arrosage pour mouiller le sol d’une scène, créer du brouillard ou même un incendie. Tout est question de détail, et c’est pour cela qu’il travaille d’ailleurs à la chambre Sinar 20×25 qui dispose d’un très grand capteur utile pour imprimer de très grands tirages ensuite. Chaque objet est choisi et placé tout comme la posture et le regard des acteurs. Il prend plusieurs clichés de la scène en bougeant des petits détails à chaque fois et il combine le tout en post-production pour atteindre la photographie finale et parfaite.
Une photo prise lors d’une production, on peut voir les moyens énormes qui sont employés.
Des photographies de ses productions sont mêmes en vente pour le doux prix de $5,000 au Gagosian Shop.
Les médias commencent alors à s’intéresser de plus près à lui et en 2002, le New York Times Magazine lui commande une série de photo. Accompagné de grandes actrices (Julianne Moore, Gwyneth Paltrow et Tilda Swinton), Gregory Crewdson réalise un portfolio de 12 clichés sous le nom de « Dream House ».
Les photos de la série ‘Dream House’
Et toujours dans le même esprit, il développera une série de vingt photos sous le nom de « Beneath the Roses » (2003-2008).
Gregory Crewdson, Untitled, ‘Beneath the roses’
Autres photos extraites de sa série ‘Beneath the roses’
En 2009, il s’est lancé dans un projet un peu différent disant vouloir retrouver un peu de simplicité. Adieux les acteurs et l’équipe cinématographique, ici il a changé de point de vue pour créer « Sanctuary ». Au lieu d’obtenir des photos dignes d’un film, il choisit les films comme sujet en capturant ses clichés dans les studios Cinecittà près de Rome.
Gregory Crewdson, Untitled, ‘Sanctuary’
Autres photos extraites de sa série ‘Sanctuary’
Aujourd’hui, ses travaux les plus récents se concentrent dans sa série « Cathedral of the Pines » (2013-2014). Trente et une photos qui reprennent un peu l’esprit de « Twilight » et « Beaneath the Roses », mais dans un cadre différent ; forestier et enneigé.
Gregory Crewdson, Untitled (The Haircut), ‘Cathedral of the pines’
Autres photos extraites de sa série ‘Cathedral of the pines’
Personnellement, je trouve ses photos assez impressionnantes et captivantes. On se plonge dedans et on les regarde avec attention pour essayer de comprendre comment on en est arrivé là. Tout est très net, ça ressemblerai presque à un photomontage tellement tout est parfait et pourtant, c’est une photo savamment orchestrée. J’aime bien le côté sombre qui se dégage des clichés aussi, on dirait qu’il cherche à montrer la « réalité », ce qui se cache derrière le masque de chacun.
L’ambiance qui se dégage des photos m’a rappelé la série Bates Motel. Bien que je parle sans vraiment connaître, je n’ai regardé que le 1 er épisode mais en termes de glauquitude (ouai j’aime inventer des mots), de lumières et de personnage mystérieux ça colle assez bien.
Et si certains connaissent aussi, il a aussi illustré une saison de la série Six Feet Under avec cette photo :


Alors, qu’en pensez-vous ?

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2 commentaires

  1. Il est vraiment top cet article!
    C'est vrai que c'est un autre monde de la photographie quand même. Là ou nous nous essayons de capturer l'instant en attendant l'éclaircie ou toute autre lumière favorable, lui crée tout que ce soit la mise en scène et les effets.
    Je connaissait pas!

    | Fuzzy

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  2. L'article est vraiment intéressant: c'est chouette de voir les différents projets d'un même artiste et le lien entre eux. Le rendu de ses photos mises en scène est superbe même si je trouve ça assez "froid" à cause des tons mais aussi parce qu'on dirait des screenshots d'une série drama américaine. Tout est peut-être trop orchestré à mon goût ^^".

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